De tout temps nous avons appris que la Russie était le pays ou l’élite mondiale des échecs se retrouvait.  Que les échecs y étaient enseignés comme discipline scolaire et qu’ils étaient un peu l’équivalent de notre hockey au Canada.  Est-ce que d’autres pays peuvent prétendre rivaliser avec la Russie ?  Dorénavant devrons-nous apprendre le Russe pour se présenter à un tournoi international ?  Qu’en est-il de nos voisins du sud ?

Allons y tout d’abord avec certaines statistiques intéressantes en date du 1er octobre 2004.

Pl.

Pays/Pop

Code

Zone

Fide

Top10

GMI

MI

MF

GMIF

MIF

MFF

1

Allemagne
(84 millions)

GER

1.2a

7501

2602

58

170

579

10

31

41

2

Russie
(144 millions)

RUS

1.6

6866

2720

143

395

574

32

66

171

3

Espagne
(40 millions)

ESP

1.1c

3610

2565

21

63

126

1

7

11

4

France
62 millions)

FRA

1.1b

3147

2616

26

63

79

3

14

7

5

Pologne
(39 millions)

POL

1.4

2287

2585

17

77

80

5

21

17

6

Serbie & Monténégro
(11 millions)

SCG

1.5a

2156

2556

45

101

306

10

12

28

7

Hongrie
(10 millions)

HUN

1.4

2091

2624

37

95

158

8

13

9

8

Inde
(1 milliard)

IND

3.1

1765

2571

11

39

14

5

13

5

9

Tchéquie
(10 millions)

CZE

1.4

1693

2547

18

58

66

4

9

9

10

Etats-Unis
(293 millions)

USA

2.1

1434

2643

57

97

236

8

24

14

29

Canada
(32 millions)

CAN

2.2

365

2480

4

23

61

0

6

8

Actuellement au sein de la FIDE il y a 908 GMI, 2512 MI, 4040 MF, 180 GMIF, 468 MIF et 567 MFF.  Le Canada termine au 29e rang pour le nombre de joueur ayant une cote FIDE avec ses 365 joueurs (il y a 166 pays).  A noter que du côté de la francophonie, le Canada est bon 3e derrière la France et la Suisse.

L’Allemagne est le pays regroupant le plus grand nombre de joueurs FIDE et de MF mais la Russie est le pays récoltant la palme du pays ayant la plus haute moyenne de cote (du Top 10), le plus grand nombre de GMI, de MI, de GMIF, de MIF et MFF.  A noter l’enviable position de la France qui, il y a à peine 20 ans, ne comptait aucun GMI dans ses rangs.

Comment expliquer cet engouement extraordinaire venant particulièrement des pays d’Europe ?  Bien sur, on peut toujours s’en référer à l’Histoire des échecs mais il semble plus concret de jeter un coup d’œil à ce qui se passe au sein des différentes fédérations.  Tout d’abord il y a sans contredit la proximité des pays.  Ensuite, des joueurs de l’envergure des Kasparov, Karpov et Kramnik ont un impact certain sur ce qui se passe dans quelques pays d’Europe de l’est (tout comme Anand contribue assurément à l’essor des échecs en Inde) mais il faut tout de même gratter un peu plus loin.

Un des atouts majeurs des fédérations européennes repose sur le fait qu’avec les années elles ont su convaincre les différents paliers de gouvernement des bienfaits des échecs mais sans nécessairement recourir systématiquement à des demandes monétaires pour leur cause. De plus, les européens ont cette capacité de s’associer entre eux, voyant leur intérêt commun aux regroupements plutôt que d’œuvrer du côté de l’individualisme si souvent présent en Amérique du Nord.  Pour nous en convaincre, nous n’avons qu’à jeter un coup d’œil du côté de la European Chess Union (ECU) http://www.eurochess.org/index.html pour constater que l’union fait la force.

De plus, souvent, avant de partir à la chasse aux « sponsors », on s’est doté d’une structure bien mise en place et gagnante, mais surtout, avec une vision à long terme plutôt que prétendre que l’argent emmènerait le succès.  Les commanditaires se sont ainsi greffés graduellement aux Fédérations retrouvant leur intérêt à être associés aux échecs.  On parle ici d’investissement plutôt que de dépense.

Du côté nord américain, la USCF forte de ses 90 000 membres, a pris les guides de la tendance « plus d’argent, toujours plus » depuis plusieurs années (au Canada et au Québec nous avons suivi la même tangente). On n’a qu’à jeter un coup d’œil au nouveau tournoi débutant le 18 mai prochain à Minneapolis, le Global Chess Challenge (http://www.hbfoundation.org/gcc/index.shtml) organisé par le GMI Maurice Ashley pour constater cet état de fait avec ses 500 000$ USD garantis (100 000$ dans la section ouverte).  Pendant ce temps, en mettant l’emphase sur le sacro-saint dollar, les Fédérations se sont, lentement mais sûrement, dirigées vers la débâcle financière.  Et c’est sans compter sur les interminables débats entre les joueurs d’élite qui trouvent inacceptable que de simple mazettes puissent s’enrichir de la sorte et les joueurs de la masse qui sont souvent les utilisateurs payeurs et qui ne veulent plus financer les joueurs….qui ne payent pas.

Mais enfin, ce qui semble vraiment avoir un lien direct avec la quantité et la force des joueurs, est sans contredit le nombre de tournois cotés FIDE.  Au cours de la dernière période (1er juillet 2004 au 30 septembre 2004), sur les 987 tournois cotés FIDE dans le monde, l’Allemagne en regroupe 59, la Russie 83, l’Espagne et la France en ont respectivement 86 et 75, tandis que le Canada lui, en a fait coté 16.  Un peu comme le principe de la boule de neige…