La fonction pédagogique, éducative et formative du jeu d'échecs est ancienne. Elle est très apparente dans le développement que prit ce jeu dans la société médiévale.

Mais au cours de l'histoire, cette fonction était passée à l'arrière-plan, le jeu d'échecs s'affirmant de plus en plus comme un sport de compétition. Le XXe siècle, au contraire, a découvert «Enseignement et Recherche» la seconde voie par laquelle le jeu d'échecs offre toute sa richesse humaine et culturelle.

«Nul au demeurant ne conteste que les échecs soient un jeu qui dépasse largement le cadre d'une simple activité ludique. Le propos des échecs n'est pas, non plus, de donner et d'amplifier la seule capacité de vaincre un adversaire sur un terrain particulier. Leur propos est principalement de développer des aptitudes intellectuelles, morales et même physique, tant chez l'adulte que chez l'enfant et l'adolescent.

Tout à la fois science, art, sport et divertissement, les échecs représentent la discipline carrefour-type, l'une des plus aptes à conférer au contenant récurrent de l'éducation un contenu réaliste, concret, opératoire.

Un préjugé tenace fait considérer la pratique du jeu d'échecs comme relevant d'une part d'un ensemble de recettes, et par là d'une simple aptitude à la mémorisation, d'autre part du calcul mécanique des combinaisons, et par là d'un automatisme relativement primaire. Il suffit de rappeler le nombre de coups possibles dès le 10e coup (près de 1030) pour dénoncer l'infantilisme de telles croyances et souligner les dimensions fantastiques de l'univers échiquéen: environ 10 1070 configurations possibles.

La maîtrise d'un tel univers implique la mise en jeu de la totalité des processus de la pensée et de l'intelligence.

L'objet véritable des échecs devient ainsi, de fait, la formation d'un homme total, maître de sa condition physique, maître de ses réactions, maître de sa pensée, logique et créatrice.

Développant comme les mathématiques modernes le raisonnement et la logique, comme la géométrie classique l'imagination créatrice, le jeu d'échecs exclut pourtant le risque de l'abstraction gratuite en raison de la nature concrète de l'activité échiquéenne qui se déroule dans un espace-temps défini par la règle du jeu. Ainsi parente de la pensée mathématique, la pensée échiquéenne l'est tout autant que la pensée biologique et physiologique du fait de sa nature expérimentale.

Enfin, une corrélation troublante s'impose à l'évidence: au plan de la recherche pure ou appliquée, comme aux plans ducommerce et de l'industrie, les pays à fort dynamisme sont invariablement ceux où l'on pratique massivement les échecs (ou parfois un autre sport cérébral, comme le Go au Japon) et avec succès.

Il ne s'agit pas là d'une coincidence fortuite, et, sans prétendre à une relation de cause à effet, l'intensité de la pratique échiquéenne constitue à la fois un symptôme du niveau de développement intellectuel, économique et social, et une contribution, fut-elle modeste, à la progression d'ensemble d'une nation»

 

(J. Marolleau, Fédération fraçaise des échecs, 1974.)