Par Danny Goldenburg
Maître FIDE
(Extrait d’article parue dans Échecs + Juillet-août 2000 # 132)



Mon vieil entraîneur répétait souvent : « celui qui ne connaît pas la culture du jeu ne connaît pas le jeu. » Que voulait-il dire par là ? Eh bien, dans le bon vieux temps, les joueurs connaissaient pas la peur. Ils attaquaient, sacrifiaient, gagnaient ou perdaient, mais presque chaque partie était un chef d’œuvre.


Pourquoi faut-il connaître les anciennes parties ? C’est très simple : Les idées finissent toujours par revenir. Dix, vingt ou trente ans plus tard, la même idée va fatalement réapparaître dans un tournoi. Le grand champion du monde Botvinnik a dit une fois : « Qu’est-ce qu’une nouveauté ? C’est quelque chose de vieux comme le monde qui a été complètement oublié. » Bien des forts joueurs croient qu’il avait raison. Prenons par exemple la variante de la défense Sicilienne qui porte le nom du grand maître russe Svesnikov : eh elle était utilisée au début du X IXe siècle !


Réfléchissez un peu avant de répondre à cette question : « Aux échecs, est-ce la victoire qui compte ou bien la façon d’y parvenir ? » J’aimerais vous présenter les parties qui m’ont poussé à adopter mon style actuel, que je garde depuis ma tendre enfance…



Stepian Levitski - Frank Marshall
Breslau 1912

Trait aux Noirs, À l’attaque !!!


1…Dg3 !! 0-1
2.Dxg3 (2.hxg3 e2 mat; 2.xg3 Ce2+ 3.Rh1 Txf1 ) Ce2+ 3.Rh1 Cxg3+ 4.Rg1 Cxf1 5.gxh3 Cd2.
…Wiler - Hell


1…Tc1 + ! 2.Dxc1 Txa3+ ! 3.Rb1 Ta1+ ! 4.Rxa1 Da8 + 5.Rb1 Da2 mat.

Comme vous le voyez, même si le pauvre roi se cache derrière ses pions, il y a toujours moyen de l’attraper…


En cinquième ronde de mon tout dernier tournoi, j’avais réussi à perdre après une gaffe stupide au 11e coup contre un joueur beaucoup plus faible, ce qui fait que j’ai entrepris l’ultime partie avec l’idée de faire rapidement nulle pour retourner au plus vite chez moi. Mais finalement, comme je l’ai dit au tout début, chaque idée finit toujours par revenir.

Danny Goldenburg - Alexis Chatzilias
Toronto Open, 23 avril 2000, 6e ronde




24.Th4
La partie avait été tranquille et je me préparais à proposer la nulle, quand tout à coup…


24…gxf5 ?!
C’est alors qu’un « commando de choc » entra en action. Tout d’abord, le cavalier se sacrifie contre un premier pion défendant le roi.

25.Txf5 Cg6 ?!!!
Le ( ? ) signifie que les Noirs ont commis une erreur : il fallait d’abord jouer 25…Cf6 ! Mais je leur ai ajouté les ( !!! ) pour m’avoir permis de réaliser cette combinaison.

26. Txh7+ !!
Au tour de la tour de jouer les kamikazes sur un deuxième pion défendant le roi.

27…Txf7 28.Dxg6+ Rh8 29.Dxf7 1 – 0

La morale de cette histoire : étudiez les parties classiques …et gagnez !