TROIS QUÉBÉCOIS AU CHAMPIONNAT MONDIAL JEUNESSE

par Sylvain Millette

Du 17 au 28 décembre 2013 se déroulait le Championnat mondial jeunesse aux Émirats Arabes Unis, plus précisément dans la ville de Al Ain au campus de l’Université de l’EAU. Ce championnat réunissait 1615 jeunes joueurs, soit 742 filles et 873 garçons répartis dans 12 catégories d’âge.

Les salles de jeu étaient très belles et bien climatisées, l’utilisation sur les échiquiers du système DGT permettait la retransmission à travers le monde des parties, et de grands écrans dans la salle d’attente permettaient aux parents de suivre les exploits de leur enfant. Tout cela a fait en sorte que les conditions de jeu de ce grand évènement peuvent être considérées comme très bonnes à excellentes.

Les activités pour les parents et les jeunes lors des repos entre les parties étaient variées. En faisant du sport ou en participant à des excursions organisées dans la région, parents et jeunes ont pu se détendre à loisir avant les moments de fébrilité et de tension que procure ce niveau de compétition.

Au sein de la délégation canadienne, nous retrouvions trois jeunes joueurs du Québec : du côté féminin, Maïli-Jade Ouellet (-12 ans) et Allison Tsypin (-10 ans), et du côté masculin, Shawn Rodrigue-Lemieux (-10 ans).

Après les huit premières parties (sur 11), Maïli-Jade Ouellet pointait au 7e rang avec une récolte de 6 points et l’excitation de l’entourage de Maïli était à son comble, mais la route que devait parcourir Maïli pour terminer dans le top 5 était parsemée d’embûches, car à partir de ce moment, elle devait affronter les très fortes joueuses des délégations de la Russie et de l’Inde. Malgré de grands efforts et l’esprit combatif de cette jeune joueuse, Maïli ne put marquer aucun point lors des trois dernières rondes, terminant ainsi au 47e rang sur 144 joueuses. Lors du tournoi de parties rapides, Maïli a connu un superbe parcours avec un résultat de 5 points sur une possibilité de 7, ce qui lui a valu le 10e rang mondial.

La jeune joueuse Allison Tsypin a terminé le tournoi avec un résultat de 5½/11, bon pour le 52e rang sur un total de 140 joueuses. Au niveau de la délégation canadienne formée de 41 participants toutes catégories confondues, Allison c’est classée 21e. Son sérieux pour l’étude des échecs, son caractère bagarreur sur l’échiquier et l’expérience acquise lors de ce championnat promet de belles choses et je suis certain que nous reverrons sous peu Allison dans un championnat du monde jeunesse.

De son côté, Shawn Rodrigue-Lemieux a débuté le championnat en lion en accumulant 4 points en 5 parties, mais n’a pu récolter qu’une partie nulle lors des six derniers duels. Pour ce jeune joueur au style agressif qui connaît une forte progression depuis trois ans, cette baisse de régime lors de la deuxième tranche du championnat peut s’expliquer par la forte opposition dans cette catégorie de jeunes joueurs et aussi , selon les parents de Shawn, par une certaine fatigue physique due au voyage et aux nombreuses sorties en famille faites entre les parties. Quoi qu’il en soit, passé la déception de sa fin de tournoi, je suis certain que nous reverrons bientôt Shawn dans un championnat du monde jeunesse. Avec l’expérience acquise lors de ce championnat, son coffre à outils sera mieux garni pour connaître du succès dans ce type de compétition.

En somme, ce fut une très belle expérience pour nos trois mousquetaires et pour leurs parents qui envisagent sérieusement d’être présents lors du prochain championnat du monde qui se déroulera en septembre prochain en Afrique du Sud.

Je terminerai cet article en soumettant à la Fédération québécoise des échecs quelques observations qui pourrait aider dans une certaine mesure les performances de nos jeunes joueurs québécois.

Dans un premier temps, au niveau national, la Fédération québécoise des échecs doit mettre tout en œuvre pour augmenter le ratio de joueurs québécois au sein de la délégation canadienne. Le talent québécois est bien présent, nous avons au Québec de très bons entraîneurs, mais peut-être que les outils offerts aux jeunes joueurs tant au niveau technique que financier demanderaient à être plus et mieux développés pour assurer un encadrement qui permettrait à nos jeunes joueurs de mieux performer.

Dans un deuxième temps, au niveau international, je crois que la présence d’un entraîneur provenant du Québec et s’occupant uniquement de nos jeunes Québécois serait un atout important pour nos joueurs, tant sur le plan technique que psychologique, car cet entraîneur les connaît bien pour les avoir entraînés pendant plusieurs mois. Certains nous diront qu’avec seulement trois représentants du Québec, les coûts engendrés pour l’envoi d’un entraîneur serait peut-être déraisonnables, mais avec un ratio de 6 ou 7 joueurs, le problème ne se pose plus, du moins je l’espère… Advenant que lors du prochain championnat du monde, le ratio ne soit malheureusement pas plus élevé que cette fois-ci, je pense qu’il y aurait moyen d’organiser via internet des sessions formelles entre nos joueurs et leur entraîneur.

Si actuellement nous n’avons pas les moyens de développement qu’ont les puissantes délégations de la Russie, de l’inde ou de la Chine, il est primordial et même impératif de travailler d’arrache-pied pour établir une politique de développement qui nous permettra à long terme de réduire cet écart et ainsi prendre une place plus importante sur l’échiquier mondial.