La stagnation échiquéenne
« L’oisiveté mentale »

« La guerre est une affaire sérieuse ; on redoute que les hommes ne s’y engagent sans la réflexion qu’elle mérite. » Sun Tzu, L’Art de la guerre



Si l’oisiveté est la mère de tous les vices, alors l’oisiveté mentale est la p’tite-mère de toutes les défaites. En effet, la paresse et la carence intellectuelles, car l’oisiveté mentale n’est autre que ceci, ont mené à l’écroulement de positions on ne peut plus avantageuses, et par conséquent, elles ont coûté bien des victoires. Allez ! Puisez dans votre propre expérience, et repérez ces coups qui vous ont fait rager, ces coups de jambon ! Vous remarquerez cette similarité : ils ont été joués presque instantanément, sans trop de réflexion ni d’idée précise.

Or, il faut du temps pour évaluer un coup, encore plus pour le plan auquel il se rattache. Ainsi, la première étape pour échapper à la stagnation échiquéenne consiste à s’efforcer de penser, d’éviter le coup spontané ou instantané, de prendre le temps, d’y mettre de l’effort, de faire un survol complet de la position, autant que possible, afin d’y déceler ses particularités (le MI Jeremy Silman parle de déséquilibre – « imbalances »). Tout ceci permet non seulement de priser la richesse des échecs, mais également d’éliminer petit à petit les erreurs. Par contre, à défaut de ce genre d’effort, on place soi-même sa tête sous la guillotine tout en tenant la corde : à notre moindre défaillance, la lame est libérée, et … schliffe, le basket vous dit merci.

Certes, il y a toujours une résistance au changement – et changer sa manière de penser n’échappe pas à cette vérité – mais, par force d’habitude et de persévérance, il est possible de miner et de surmonter cette résistance. Évidemment, le temps et l’effort exigés dépendent de chacun, mais je crois sincèrement que tout joueur d’échecs en est apte.

Il reste maintenant à délimiter le contenu du penser dans une partie. Mes prochaines chroniques porteront donc sur les outils et notions qu’il faut acquérir pour ce faire. Pourtant, vous pouvez déjà entreprendre les premières démarches pour échapper à la stagnation échiquéenne en vous concentrant dès votre prochaine partie sur la forme de votre pensée. Car, avant de recevoir tout contenu, elle doit être allumée et active. Vous avez du temps, prenez-le !

Je vous laisse en soulignant que si Socrate peut vous frapper la joue en philosophant que : « La vie non examinée ne vaut pas la peine d’être vécue ! » ; je peux vous frapper l’autre joue en affirmant que : « La partie d’échecs non réfléchie ne vaut pas la peine d’être jouée ! »